lundi 27 mai 2013

Japon, Carnet de route et photos du 15 au 28 Mai 2013


Avis à la population : 

Les photos sont en bas de post par ordre chronologique et légendées, pour la plupart !










Japon : Carnet de route du 15 au 28 Mai 2013.

Fin de mon périple au pays du soleil (?) levant. Arrivé à Sapporo le 27 mai, j'aurai parcouru 3400 kms sur cette île magnifique, rencontré  de nombreux amis. Hokkaido est sans hésitation la partie la plus intéressante du pays, tant pour ces paysages variés que pour l'humanité de sa population. Les conditions climatiques y sont extrêmes (vent, froid, pluie) mais une fois passé quelques moments de souffrance, la récompense est au bout ...du tunnel ! 

Oui, mes amis les tunnels ! Merci de m'avoir épargné...

Prochaine escale...



... l'Alaska, Anchorage et Fairbanks, enfin !

Allez, dernier rapport avant embarquement USA: 



15 Mai : Sarufutsu, hôtel salvateur/Oumu 112 kms

La nuit fut réparatrice et ce matin la pluie a cessé. Le froid est là mais est supportable. C’est l’humidité qui amplifie l’inconfort.

Les propriétaires de l’hôtel, petite pension de famille, m’ont bien traité. J’ai eu droit à tout ce que le Japon sait produire de bon, même à des coquilles Saint-Jacques, spécialité de la côte : divin. Elles sont presque fondantes tant elles sont fraîches et leur saveur sucrée est incomparable. Un grand moment de plaisir. Etaient également présents sur la liste des volontaires : des œufs de poisson, du saumon, du poisson fumé, des algues (wakame, noli), des oursins, des champignons au nom inconnu, une soupe au miso, et bien sûr, du gohan, le (très bon) riz japonais.

Le petit déjeuner n’avait rien à envier ce matin au dîner de la veille…

Et je suis parti, laissant une part de moi dans le cœur de ces gens. Je suis parti, comme tous les jours, et c’est souvent difficile de laisser tous ces visages.

D’autant plus difficile qu’il fait froid : 5 degrés…

La côte est souvent noyée dans le brouillard et j’ai l’impression que ce sera ma soupe quotidienne au moins jusqu’à Abashiri. De là, je couperai pour rallier Shibetsu et me retrouver face aux îles Kouriles, encore la Russie, mais bien plus proche.

Je progresse, tantôt longeant la côte, tantôt serpentant entre des vallées dans l’intérieur des terres où le vent souffle moins.

Et passe le 45ème parallèle nord.

Et puis, petite rencontre : Jipé, Super Vagabond 2 (pour les cinéphiles) a trouvé son bus, mais pas en Alaska, et quel bus ! Les photos seront plus parlantes. Mais je n’y resterai pas et ne mangerai pas de plantes inconnues… J’aime trop la vie !

Merci Sean Penn : Si je suis ici aujourd’hui, c’est un peu à cause de toi, comme tous ces cinéastes, écrivains, poètes, chanteurs, peintres ou musiciens, j’en oublie, qui m’ont  inoculé le virus du voyage…

Vers 16 heures, la pluie revient me chanter son petit refrain. Je suis gelé et frappe à la porte de la première ferme (nombreuses dans la région) pour un abri sec pour la tente.

Bonne pioche.

Je trouve un coin peinard (mais glacé) dans ce qui fut la maison des parents, abandonnée aujourd’hui. Une bonne sieste, je m’endors. Deux heures plus tard, on frappe à ma porte pour m’offrir des boulettes de viande brûlantes : Le pied, car malgré l’abri au sec, il fait 7 degrés dans la tente !

Allez, on dort…

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16 Mai : Mon petit coin de ferme/Saroma 118 kms.

Air connu, le lendemain : duvet trempé de condensation, et double toit, itou. Une demie-heure et tout est emballé. Rien de tel que de se bouger pour faire passer le froid.

Un brouillard à couper au couteau a remplacé la pluie de la veille. Il fait plus froid, entre 4 et 7 degrés, mais je ressens moins de gêne. Ce sera mon programme du jour.

Par moment, même la mer est invisible. Quant à l’intérieur des terres, j’ai l’impression de me retrouver dans le nord de la France en hiver : Champs humides, glauques, fermes baignant dans une terre collante et  riche, élevage bovin, bois tristes, rivières glacées, versants des collines encore enneigés. Pas vraiment mon étape, ni ma semaine préférée. Mais on roule et on oublie, on pense, on s’évade et on rigole de tout ça.

C’est vrai que le Japon ne m’a pas vraiment épargné  question météo. Je me demande jusqu’à quand je vais rouler avec un bonnet, deux paires de gants, veste et pantalon de pluie, des chaussures de jogging qui me gèlent les orteils au bout de 10 minutes de vélo. Les sandales, témoins de mon voyage jusqu’en Australie, sont remisées dans les sacoches…


15 heures, une fine bruine remplace le brouillard. A Tokoro, je m’arrête dans un poste de police et demande un endroit pour bivouaquer. Une heure plus tard, les policiers m’emmènent en voiture, Donkey dans le coffre, à 25 kms de là. Sympa la police Nipponne ! Je suis maintenant à Saroma, petite ville de l’intérieur…hébergé pour la nuit dans une église toute de bois, magnifique, par Shimizu et son épouse Ritsuko.

Pas de tente, mais un futon et une couette bien chaude pour la nuit à venir !

Je viens de comprendre qu’on allait maintenant faire un tour dans des sources chaudes : Rhaaaa !!!! Je vous laisse ! Le devoir m’appelle :o)

…////////…

Une heure dans un spa idyllique dont les grandes baies vitrées donnaient sur le troisième plus grand lac du Japon, un repas de poisson cru dans le meilleur resto de la ville et me voilà dans ma « chambre », le premier étage de l’église pour moi tout seul. Je dis au revoir à mes hôtes d’un soir, très touché de leur générosité, de leur accueil et de leur discrétion.

Je monte à l’étage, ouvert sur la nef, où se trouvent couette et futon (je commence à bien m’habituer à ce confort) …il y  fait 20 degrés ! Gros changement avec le frigo de la tente.

Je vous dis et vous répète qu’aucune de mes journées ne se termine mal ! Vive la vie et arigato gozaimas !

Oyasmi Kudasai !


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17 Mai : Eglise de Saroma/Minehama, près de Shari 118 kms.


Dormir dans une église… il n’y a pas plus zen ! Au fur et à mesure de mon cheminement  vélocipédique, je suis de plus en plus surpris par la diversité de mes bivouacs…

Ce matin, réveil tranquille. J’ai une cuisine toute équipée, du vrai café que je mouds avec un bon vieux moulin, du bon lait, du pain, du beurre : çà me rappelle un pays tout çà !

Et j’apprécie ce moment rare.

8 heures du mat, départ tranquille. Je reviens sur mes pas pendant 20 kms et m’arrête remercier mes policiers de la veille. Sans eux, sans leur aide, point de futon, point de couette !

Un bonheur n’arrivant jamais seul, le soleil et une relative douceur sont au rendez-vous ; Je me surprends à rouler sans tenue de pluie, sans gants.

Le parcours du jour, sous la boule de feu est magnifique, longeant trois grands lacs et empruntant une piste cyclable sur plus de trente kms jusqu’à Abashiri. Je me fais plaisir en photos, frustré que j’étais depuis si longtemps sous la pluie et le brouillard. Au loin, les très belles montagnes enneigées de la pointe est de l’île se découpent sur un ciel d’un bleu pur.

Magnifique lumière.

Un paysage peut passer du glauque au sublime en si peu de temps.

Passé Shari en début d’après-midi, je décide de me diriger vers le nord et Utoro : Tout le monde me dit que çà vaut le coup, même si je devrai rebrousser chemin, la route traversant les montagnes étant encore fermée à cause de récentes chutes de  neige.

Il me faudra revenir sur mes pas et passer de Shari à Shibetsu quand j’aurai profité de la balade. A ce moment, je serai sur la côte ouest, pile face aux îles Kouriles et à la Russie.

Pour l’heure, je me mets en quête d’un bivouac au sec, après 118 kms tranquilles. Deux tentatives me suffisent : Hiroshi Ino, la cinquantaine, super cool, est accuponcteur.  Il m’ouvre sans hésiter la porte de sa maison. Encore ce soir, pas de tente à monter. J’aurai droit à un bon futon et au chauffage !

Le programme du soir ? Lui et son fils m’emmènent au spa de la ville voisine. Au retour, je sais déjà que j’aurai droit à  un repas traditionnel Japonais ; Je suis gêné par tant d’attentions… et je commence à m’y habituer :o)


Ne pas s’habituer, Jipé !

A plus…

...///…

Retour à la maison… thé sencha et… bière, shotchu…Bref, le sommeil est vite venu.


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18 Mai : Minehama/Betsukai (où çà caille sec) 100 kms. Pluie, vent et froid.

Je pars de chez Hiroshi à regret, pour sa gentillesse et…. parce que je n’ai vraiment pas envie d’affronter cette m...e de pluie glaciale qui m’attend sur le pas de la porte.

Changement de programme ce matin. Je révise mon trajet, vu la météo désolante : Inutile d’aller me geler en montagne, d’autant que la pluie est au menu. Une bruine glaciale qui me fait prendre la tangente et partir direct vers Shibetsu en coupant la péninsule d’ouest en est.

Seulement…la péninsule, il faut la traverser par le col de Konpuku, oh pas bien haut, 600m, mais enneigé et noyé dans le brouillard et la pluie. Je vais souffrir deux bonnes heures, en sueur dans l’ascension, glacé dans la descente, freinant sur les cinq kms non pour ralentir mais pour avoir moins froid.

Passé ce sale quart d’heure, malgré le cadre magnifique et nullement dérangé par les voisins, je me retrouve dans une plaine vouée à l’agriculture.

Hokkaido est dotée d’une terre riche, très riche et pourvoie le Japon en fruits et légumes, sans parler du lait et des produits de la mer, bien sûr. Une île où la nourriture est variée et de qualité.

Je rejoins la côte Est et poursuis vent de face ma progression vers Nemuro.

Un bivouac original m’attend aujourd’hui, quelques kms après Betsukai : Entre deux villages de pêcheurs, je tombe sur un abri en forme de tonneau, accompagné d’un saumon de même dimension ! Long de six mètres, il doit faire office de salle de repos pour l’entreprise de fumage de poisson qui le jouxte.

Personne, les portes s’ouvrent sur un cadre magique, tout de bois. J’ai l’impression de rentrer dans une isba. J’ai trouvé mon havre de paix pour la nuit. Et la nuit promet d’être glaciale : Nous sommes sur la côte et le vent de mer (d’est) a le temps de prendre de la vitesse, personne sur sa route. Il est 16 heures et il fait à peine 4 degrés dehors.

L’avantage du bois, c’est qu’on a tout de suite bien chaud. La tente est montée (on croirait cet abri créé pour elle) et je me réchauffe avec café, pain, beurre et chocolat.

Et puis, je tombe sur une bouteille de …saké :o) pas la peine de chercher plus loin pour monter en température ! Kampai !

Oui, ce bivouac est sympa, malgré la rudesse de la météo.

Encore une  journée qui se termine bien.

Buenas noches…

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19 Mai : Tonneau saumoné/Koshiro 138 kms. Soleil, grisaille et froid.

Rien de particulier : lever 4h30 avec la lumière naturelle (des japonais me diront que sur la côte est, en juin, le jour se lève à… 3h30 !

Départ 6h après un bon café brûlant. Intérêt à se réchauffer un minimum, les enfants ! On est pas en Juillet à Montpellier… On est à Hokkaido en Mai…

5 degrés ce matin. Même si j’ai un bon coupe-vent, un sur-pantalon, 2 paires de chaussettes, 2 paires de gants, le froid vient vite geler les extrémités, surtout les pieds. Rien à faire.

Je repense à l’Australie où je rêvais à un peu de fraîcheur. Relativité.
Les heures passent dans des paysages un peu tristes.

Dans Shiranuka, j’en profite pour acheter une couverture polaire transformable en duvet. Elle va m’être utile ce soir même…Le duvet est hors d’usage (les plumes sont tassées sur les bords et les séjours en sac de compression l’ont achevé). Vous partez en vélo, achetez un duvet en polyester, aussi léger, solide et bien plus pratique (séchage, lavage) ; J’ai été mal conseillé lors de l’achat.

Ce soir, ce sont des bureaux désaffectés, abandonnés, à quelques kms de Koshiro qui feront office de bivouac improvisé (mais j’improvise en permanence depuis presqu’un an…).

Hors de vue des voitures et des camions, je me trouve une pièce (sûrement occupée précédemment par une jolie nipponne aux cuisses douces comme une brise de Juin en forêt de Compiègne…mais où cours-je ?), bref, une pièce qui a le mérite de m’isoler (un peu) du froid. La tente me cache vite les jambes de ma secrétaire céleste et je m’endors cool, au chaud dans un sandwich duvet/couverture polaire : Le pied ! Je fais l’expérience de dormir à poil, pas de soucis, j’ai trouvé le bon compromis pour les mois à venir (Alaska, plateau des Andes, Patagonie).

Boa Noite.


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20 Mai : Koshiro et ma secrétaire/Hiroo et mon club de golf. 140 kms.


Je procède à des adieux ce matin : Ciao mon duvet, témoin de nuits aussi diverses que nombreuses, froides, humides, moites, sucrées-salées. Je te laisse aussi les souvenirs qui vont avec. C’est con, mais je suis triste de te laisser là, dans ce bâtiment glauque. Peut-être feras-tu le bonheur d’un vagabond, sdf nippon. Car ils sont nombreux mes frères de la route, bien plus malheureux que moi, même au Japon.

Une pluie froide va m’accompagner toute la journée : Pourri du matin au soir. La pire de mes étapes en termes d’humidité. Les chaussures et chaussettes vont mettre 3 jours à sécher…

Ah, le bonheur d’enfiler des chaussettes glacées au réveil !

Même avec des sacs plastique par-dessus les chaussures, le froid et l’humidité ne me lâchent pas. Vers 15 heures (mais il pourrait être n’importe quelle heure), à Hiroo, après quelques tentatives, la chance me sourit : dans un parc noyé dans le brouillard, je tombe sur un club de golf (mais non, pas l’accessoire…) et sa petite salle de pause. Des toilettes, une relative isolation du froid, des bancs de bois que je réunis pour me tenir lieu de lit, isolé du sol. Je ne monte pas la tente ce soir et décide de faire l’expérience d’une nuit avec le sandwich duvet/polaire (je dormirai aussi bien que dans la tente).

Une grande tasse de thé, des calories et basta !

La nuit tombe vite.

J’aime la nuit.

J’aime le jour.

J’y trouve du rêve,

Debout.

Ou couché.

Ce fut la journée la plus humide de mon voyage au Japon…

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21 Mai : Ma petite salle de golf d’Hiroo/Samani, campement.90 kms.

Smog londonien ce matin et température allant avec : 6 degrés.

Commence à être habitué ! Tout ça va me sembler complètement dingue dans dix jours, passé sur mon quatrième continent. Et il est probable que j’aurai moins froid en Alaska qu’ici, au pays des cerisiers en fleurs et du mois de Mai, symbole du retour à la vie.

En attendant, pédale mon pote, pour oublier :o) Non, je rigole.

Et puis, soudain : la boule de feu ! Elle fait exploser toutes les couleurs de cette île magnifique (quand elle veut l’être) et je passe de la Toussaint aux jupes et robes légères. Enfin, ils manquent juste les femmes pour les porter. Mais où êtes-vous, femmes ?


Pour l’instant, mon panorama sur cette côte déchirée, ce sont des pêcheurs qui profitent des jours de tempête précédents pour ramasser des algues entre deux vagues et des surfeurs, complètement allumés dans une eau à 7 degrés, malgré leur combinaison néoprène.

Je suis aussi bien occupé à traverser de nombreux tunnels (les revoilà !).

Certains font plusieurs kms et je déteste ces moments. Le bruit y est amplifié, à la limite du supportable et lorsque qu’un véhicule arrive à ma hauteur, j’ai l’impression qu’il va me rouler dessus. Le froid et l’humidité latents, l’état de la route, les énormes moteurs de soufflerie, l’obscurité, rien de bien agréable. Quand je sors de là, quel plaisir !

Un moment, il fait presque chaud : j’en profite pour une séance de séchage improvisée des vêtements. Le romano de service étale et accroche toutes ses fringues sur la jetée et prend un bain de soleil pendant une bonne heure :o). Rien à faire des regards ahuris des Nippons qui n’oseraient pas le dixième de ce que je fais :o)

A ce qu’on est bien au sec !

Mais çà ne dure pas très longtemps… Le cap Erimo Misaki m’attend, superbe. Son vent violent aussi. Et il faut mériter sa vue, sûrement assez proche de celle du cap Horn (on verra çà dans un an  exactement). Je passe de l’été à l’hiver en dix minutes et me dépêche de renfiler ma tenue de plongée.

Mais quelle vue, quelles couleurs ! Probablement le meilleur souvenir de mon passage au Japon. Un moment, je suis quasi à l’arrêt tant le vent est violent, le vélo de travers, luttant contre la violence des éléments. Même lorsque je quitterai les falaises, il faudra bien pédaler dans les descentes pour avancer.

20 kms avant Urakawa, à Samani, enfin, je trouve par miracle un coin de verdure, au soleil, un campement protégé du vent. En contrebas d’une colline, je suis le plus heureux des frenchies au Japon aujourd’hui : Point d’eau, toilettes, tables et bancs, bivouac abrité. Une journée magique après la journée d’enfer de la veille.

Et puis, un bonheur n’arrivant jamais seul, quatre marcheurs Japonais surviennent dans la soirée et plantent leurs tentes près de la mienne.

Ils m’invitent à un barbecue Japonais, accompagné d’un bon verre. 
Sympa !

Nuit tranquille.

Mais fraîche, 7 degrés.

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22 Mai : Campement Samani/Hôtel Provence près de Mombetsu. 95 kms .

Ce matin, avant de prendre la route, je profite du spa d’un hôtel voisin pour une bonne séance de sérénité, zen, cool, et puis à l’occasion, je me lave !

Le soleil est là, mêlé de brume. Le vent aussi, de face… et pas du petit vent. Souvent, je repense au mistral  de mes années provençales

Le vent ! Le vent souffle où il veut : Il est le maître incontesté des éléments, perturbateur pour le pire ou pour le meilleur. Il fait pousser les arbres à l’horizontale ou nous offre son énergie…

Bref, je mouline toute la journée. Un temple me fait de l’œil.  Leurs portes qui normalement sont ouvertes me refusent la promesse d’une nuit calme.

La pluie revient.

Vite, trouve-toi  quelque chose. Où est passé ton feeling ?

Hotel Provence…2 kms, çà c’est un signe !

Euh, z’auriez pas un p’tit coin de toit pour ma tente, par hasard ? Bien sûr que si, on a çà ! Une porte de garage s’ouvre électriquement, je rentre Donkey et… l’orage éclate ! La tente est montée en 5 minutes. Je commence à me mettre à l’aise…On frappe à ma porte :o)

Les mains douces d’une charmante Nipponne me tendent un plateau : Un café chaud, des biscuits variés, le tout accompagné du plus joli sourire du jour. Pourquoi êtes-vous tous si bons avec moi ? Qu’ai-je ou que n’ai-je pas fait pour recevoir tant de vous ? Comment vous rendre ce que je reçois ? En vous souriant, en vous montrant mon plaisir et ma joie.

Rien d’autre à offrir que mon sourire et ma chaleur.

Je suis seulement de passage. Vous me donnez tant et je ne vous laisse que mes mots.

Bonne nuit, merci…

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23 Mai : Mon hôtel Provence/Hidaka 90 kms.

La rencontre avec mes 4 marcheurs il y a deux jours a changé mes plans : Ils m’ont parlé avec tant d’enthousiasme de leur ville d’origine, Biei, dans l’intérieur de l’île, au pied de magnifiques montagnes enneigées, que j’ai décidé de m’y rendre et par la même occasion de les revoir.

30 kms après Mombetsu, je monte vers le nord, direction Hidaka.

Bien m’en prend : plus de vent de face et des paysages magnifiques, au cœur de vallées très vertes. J’y ressens pour la première fois, la venue proche de l’été. Pensées, tulipes, prairies verdoyantes, élevage de chevaux de course, mondialement réputé.

Pour la première fois aussi, je tombe le coupe-vent, oublie provisoirement gants et bonnet ! Je me régale ! Je ne suis vraiment pas un ami du froid.

En début d’après-midi, j’ai 90 kms dans les jambes, ce n’est rien mais ce sont 90 kms de montée régulière, car je file vers les montagnes. Nous sommes à Hidaka et un campement sympa sera ma halte pour ce soir.

Et c’est sous un toit, encore à l’abri ce soir, que je retranscris enfin mes notes de voyage. Toujours pas d’internet.

Que la nuit vous soit douce…

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24 Mai : Hidaka/ Biei 110 kms 2 Cols…

Départ matinal, réveillé par les oiseaux à 4 heures… alors autant en profiter d’autant plus qu’il fait beau.

Au programme, 2 cols en pente régulière. Un peu de vent, une température très fraîche lorsque les premiers versants couverts de neige apparaissent. Dans les montées, je suis en sueur, dans les descentes, je gèle… Il est temps que je me trouve un coupe-vent en Gore-tex permettant à la peau de respirer. On verra çà à Sapporo avant l’Alaska.

Dans la descente du second col,  je me paye une sacrée frayeur, obligé de freiner avec les semelles des chaussures en contact sur le pneu avant : Plus de freins, les 2 jantes ont 27200 bornes et sont limite HS, usées par les patins de freins hydrauliques Magura. Je parviens à m’arrêter et finis la descente à pied ! 10 bornes.

A Sapporo, je devrai changer la roue avant qui souffre bien plus que l’arrière. Encore des frais non-prévus.

Une fois passés les deux cols, je découvre un paysage exceptionnel de montagnes enneigées dans un ciel d’un bleu pur, sans pollution, une merveille.

C’est là, à Biei, petite ville du centre d’Hokkaido où se trouvent les plus beaux villages du Japon, que je vais passer deux jours. Je retrouve mes amis marcheurs et atterris dans un spot unique, magique, au sommet d’une colline avec vue sur plus de 50 kms de montagnes ensoleillées.

Cette dernière semaine fut un pur bonheur question météo.

Mon bivouac se fera au premier étage d’un genre de phare terrestre, à l’abri du vent, sur un parquet de bois. Le confort total… et personne !!! Enfin, si : quelques corbeaux qui se feront plaisir le lendemain matin en déchirant mon sac poubelle et des moineaux Nippons qui me réveilleront à 3h30 du mat, avec le soleil !

La nuit se passe bien. Il fait quand même 12 degrés dans la tente. Je vous laisse imaginer la température extérieure.


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25 Mai : REPOS !


Je passe la journée avec Ryosuke Kasahara, un des marcheurs de Samani. Super virée en voiture dans les montagnes, halte dans un Spa dans un cadre grandiose (bain en extérieur entouré de neige, le pied !), un bon repas, la visite des amis.

Enfin, chez Ryosuke, je réserve sur le net deux nuits d’hôtel à Sapporo.
Je pourrai arriver tranquille dans cette grande ville sans avoir à chercher un toit.

Il a fait 28 degrés aujourd’hui !

Je reviens le soir dans ma tour et  rencontre un Japonais campeur super sympa, passionné par Hokkaido, Maniwa.

On se tape un super repas : Barbecue japonais et quelques verres…

La nuit sera courte :o) merci les moineaux !

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26 Mai : Biei/Bibai 110 kms

Départ sous un soleil magnifique. Une heure plus tard, à sept heures, je ne porte qu’un polaire, déjà en sueur.

Je passe Asahikawa, grosse ville au nord de Biei et vais emprunter le tunnel le plus dangereux de toute mon escapade Japonaise : 2 kms, pas bien longs, mais 2 kms de gymkhana, le long de la paroi de gauche, en équilibre plus que précaire sur un trottoir à peine plus large que le vélo. J’évite la chute à plusieurs reprises, soufflé par des camions complètement tarés.

Je ressors de ce cauchemar, crispé, tétanisé et respire enfin. Ce sera mon dernier tunnel.

Je termine mon trip sans chute et vu le nombre de tunnels (sûrement plus de 200 depuis Honshu), c’est une performance.

Deux points noirs récurrents au Japon pour un voyageur à vélo : les tunnels et les innombrables feux rouges, même en pleine campagne.

Un dernier bivouac sauvage dans les bureaux abandonnés d’une société : Je choisis le bureau du patron, le suel avec de la moquette :o)

Comme un roi, personne, pas un bruit, je couche à même le sol, pas de tente et 18 degrés !!!

Ce soir, je suis à 80 kms de Sapporo. Je projette de m’y rendre plus tôt pour changer ma roue avant et trouver un ensemble Gore-tex.

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27 Mai : Bibai/Sapporo : 80 kms


Voilà déjà mes derniers tours de roues au Japon sous le soleil (j’aurai vécu une semaine de rêve).

Terminés les bivouacs, car pas question de planter la tente dans la ville, très étendue.

J’arrive en ville en tee-shirt (Hokkaido battra des records de chaleur aujourd’hui) et me mets en quête d’un magasin de cycles.

4 tentatives et je trouve une roue pour Donkey, un gros trou dans le budget, 70 euros…mais pas le choix. Dans ce même magasin, je trouve un carton pour Donkey que je passerai prendre plus tard.

Dans un magasin de sport, je trouve un ensemble Gore-tex et des gants étanches (re-trou dans le budget) puis je me rends à l’hôtel où je resterai trois nuits ; le temps de tout mettre en ordre avant le départ pour Anchorage, le 30 Mai en début d’après-midi.

Fin d’une expérience Nipponne, dure climatiquement mais merveilleuse sur le plan humain.

Je laisse de nombreux amis dans ce pays que j’aime passionnément.

Tout y est raffiné, pur, simple, esthétique, silencieux, respectueux, emprunt de délicatesse. Les Japonais sont des gens qui cachent leurs sentiments, ce qui peut passer pour de l’indifférence ou de la froideur pour un occidental au premier abord. Mais ils sont peut-être plus latins que nous :o)

Vous allez tous me manquer, merci pour votre amitié, votre accueil.

Merci  d'être ce que vous êtes.

Vous êtes la plus belle leçon de savoir-vivre que l’on puisse recevoir.


Arigato Gozaimas !


Jipé San, Sapporo, Mai 2013.


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Et maintenant les photos, légendées pour la plupart :





Allez, un peu d'humour...Je n'invente rien...Quel programme !




 Pas mal de points communs avec les paysages  écossais ou sud américains.












Je passe le 45ème parallèle Nord




et çà caille sérieux !!!








Super Vagabond 2 (pour les cinéphiles) a trouvé son bus, et quel bus !!!





Une gueule sympa, mais je n'y suis pas resté, j'aime trop la vie.








Il avait presque des expressions humaines dans ses p'tits phares usés par la vie...



Ma première nuit dans une église : Zen !









Une piste cyclable le long des grands lacs de la région nord ouest d'Hokkaido, sur 30  kms, le pied !





2 monstres de puissance  au coude à coude !





 Tiens, voilà qui est intéressant ! Une apparition ?




...mais je l'attends toujours, cette charmante personne...




Sympa le Japon, quand il y met du sien.








Je vais longer trois magnifiques lacs ...avec le soleil !!! eh oui, comprends pas trop mais bon...














La boule de feu, je l'adoooooore !



Donkey en équilibre instable...








Une influence russe indéniable au fur et à mesure que je me dirige vers vers le nord.





Certains hôtels abandonnés me serviront souvent de bivouac au Japon : Relativement confortables, m'abritant bien du vent, mais souvent d'atmosphère assez glauque la nuit ! les portes claquent... l'imagination fait le reste.





Ben ouais, c'est par là, je sais ! Quand même pas si con que çà, le Jipé !





Hiroshi Ino, un de  mes hôtes Japonais, m'a fait gouter de super plats... et de super bouteilles !







Arigato !!!




3 petits degrés ce matin-là pour passer deux cols enneigés... mais que c'était beau dans la descente !









Une image symbole d'Hokkaido...en hiver! Là, nous sommes fin Mai.



Un de mes bivouacs magiques : Mon tonneau/isba !




Tentative de corruption de Japonaise...mais c'est elle qui finira par m'avoir, avec son saké !



Petit poisson, petit tonneau, petit havre de paix pour la nuit sur cette côte glaciale.













Vous avez compris ce qu'on produit ?








Non mon pote, je dois partir..On aurait bien fait causette 5 minutes mais le devoir m'appelle.




Ou alors, on se tape un petit coup de surf ?



C'est vrai que je serais bien resté un peu plus longtemps dans mon Isba.



Allez, encore un bivouac sauvage dans des bureaux.Le nombre de sociétés abandonnées est impressionnant. Hokkaido est à la traîne économiquement : Tourisme quelques mois par an, agriculture et pêche. Tout le reste se passe à Honshu.




Je me souviens très bien du moment où j'ai pris cette photo : j'étais gelé, pourri de la tête aux pieds. A tel point que j'ai éclaté de rire en prenant la pose. Que faire d'autre sinon en rire ? Trois jours pour sécher les affaires...le bonheur du voyageur :o)




Tiens, encore un p'tit bivouac original : la salle de pause d'un club de golf. Même pas besoin de planter la tente. Deux bancs feront office de lit, m'isolant du froid.





On continue dans la pluie et le vent...suis habitué.




Récolte d'algues après les jours de tempête. Il n'y a qu'à se baisser.



...enfin...



...presque !



....l'eau étant à 7 degrés...



















Sans parler de celui qui passe sous la mer pour relier Honshu à Hokkaido et qui fait plus de 50 kms , voici l'un des tunnels les plus longs du Japon, 5 bornes. Le plus long que j'aurai emprunté fera 7 kms...Tunnels, je vous adore...












Ce jour-là, j'ai profité du soleil pour une halte formule "gens du voyage", étalant mes vêtements pourris depuis 3 jours, me faisant chauffer un bon café en prenant un bain de soleil! J'avais les Gipsy kings dans la tête! et les Nippons faisaient semblant de ne pas me voir, à moitié à poil... bien rigolé ! Un Alien sur leur route :o)











Près du cap Erimomisaki, les ours sont nombreux, mais ils viennent me manger dans la main.







Là, je peux vous dire que çà soufflait fort, très fort. Vent de mer...






Du vent, du soleil, de la pluie, tout çà en cinq minutes ! Dur et rude climat que celui du cap Erimo.



Les deux caps les plus célèbres du Japon : Soyamisaki à l'extrême nord de l'île et Erimomisaki à l'est : Jipé y est allé :o)








un petit côté Cap Horn...mais en plus gentil !



Quand je vous dis que çà soufflait...




Gare aux perruques!












Vous avez le choix pour les prochaines élections entre trois candidats... super sérieux...



...et bien propres sur eux...




...enfin, presque tous ! votez !!!





Voilà la cavalerie !



...et mes amis grimpeurs que je retrouverai quelques jours plus tard à Biei, ville magnifique du centre de l'île.




Putain ! déjà ! Je ne vois plus les kms passer.





Ah, encore une super surprise que cet hôtel de charme (...), l'Hôtel Provence ! où j'ai pu m'abriter pour la nuit. Merci à ma charmante Japonaise.




Ben...  c'est pas en dessous !




Les abris bus à la Jean-Claude Decaux peuvent aller se rhabiller. 




Rencontre du troisième type




Les yeux, c'est bibi qui les a rajoutés... Je me marre pour deux fois rien et j'aime çà !












Encore des japonais super sympas à Hikada. merci !!!











Mes freins sont HS, ou plutôt les jantes, usées par les patins caoutchouc. Il faut dire que Donkey fait 50 kilos, moi, 65 et qu'elles affichent 27000 kms. A Sapporo, je changerai la roue avant.




Le vert fait son apparition cette semaine et le soleil revient, me laissant vivre une dernière semaine de rêve.




Un des nombreux cadeaux reçus lors de mes haltes alimentaires : une energy drink bienvenue !




Alors ?



Pas mal, non ?



C'est le Japon sous le soleil...



Un paradis pour les vélos... Là, je suis parti chercher mon apparition des jours derniers. Doit pas être bien loin, ma cycliste.











Oh oui, merci, merci, merci, merci !




Jipé : "Boule, oh ma boule, quel avenir vois-tu pour Jipé ?"




La boule de cristal : "Ben...je vois du bleu, du vert, de l'air : la liberté ! çà te va comme programme?"

Jipé : "Yeahhh !!!








Ma tour, phare de terre :o) Encore une pure merveille trouvée par hasard. Le hasard? J'adore !
Je dormirai au premier étage avec vue sur 50 kms de montagnes !



Dans ma tour...



Donkey ne dormira pas à l'étable.








Un bon pote Japonais rencontré près de mon bivouac, Takuya Maniwa ! Arigato !!!



Quelle bête de course préférez-vous ?







 Un lieu insolite, le Blue Pond, un lac dont les eaux tournent autour du vert et du bleu en permanence à cause de l'aluminium contenu dans l'eau.




Un rendez-vous incontournable des photographes Japonais.




Et puis voici un de mes amis marcheurs, Ryosuke Kasahawa qui va me faire découvrir sa région toute une journée ... en voiture ! Arigato gozaimas !!!!



 à toi aussi Takuya Maniwa !!! Arigato !!! et kampai !












Oichi des !!! Santé !!!



I des !!!!



Atsui des !!!







Bye bye ma tour! Un moment fort de mon voyage sur cette île magnifique.



On termine par du bucolique ?




Allez zou ! Faisons dans le cliché !











Les grands-mères Japonaises sont courbées à 90 degrés : Vous comprendrez vite pourquoi en vous baladant. Elles sont toujours accroupies, penchées, à semer et travailler la terre.




Un moment Zen, comme je les aime...







Et puis voici mon dernier bivouac sauvage : un bureau de direction, le seul avec de la moquette, dans une société abandonnée à 80 kms de Sapporo. J'y dormirai du sommeil du juste, fier et heureux d'arriver enfin à destination.




Je ne pouvais pas laisser passer çà ! Pas vrai ma brave Donkey dont les sabots commencent à fatiguer... No worries, je te change la roue avant demain à Sapporo. Alors, heureuse ? Tiens, çà me rappelle quelque chose, ces mots-là, dans une autre vie :o)




au cap erimomisaki...


Allez ciao les Zamis... et bon vent !!!



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